vendredi 29 juillet 2011

Roméo et Juliette Thierry Malandain

Paris quartier d'été... Comment parler autrement de Roméo et Juliette...
Une fois de plus l'impression que juillet a oublié d'afficher le soleil et pourtant le public est là, frileux et attentif, dans cette cour d'honneur des Invalides, pour le Roméo et Juliette de Thierry Malandain sur la musique de Berlioz.
Le cadre est magnifique, cour de pavés larges et irrèguliers, symétrie des batiments à peine rompue par un dome d'or ou le buste en contre jour d'un Napoléon de pierre.
La structure de ce grave récit est en place, immortelle, tandis que sur la scène de larges cantines annodisées nous parlent peut être de guerres et de paix...
On est dans cette tragédie comme dans le silence, certaines voix le déchirent plus que d'autres et le prologue est dansé par Frère Laurent (Frederik Debert) devant 9 couples au tombeau...c'est lui aussi qui cloturera, seul avec ses doutes sur sa culpabilité, le ballet.
L'idée de ces catacombes ou dansent les couples morts, sur la voix majestueuse du choeur qui raconte les faits, donne au spectateur le recul et le courage nécessaire pour rentrer dans l' histoire dont la démultiplication fait qu'elle nous touche au plus profond, il y aura toujours des Juliettes et des Roméos...et en même temps il s'agit d'autres...
La fête chez les Capulet est une sorte « de grimace » comme si le contemporain investissait de façon un peu sournoise et puis exubérante, une esthètique un peu dépassée. Un très joli moment la précède ou les jeunes filles lancent en l'air leur tutu comme des ballons de couleur.
Thierry Malandain a une « signature » chorégraphique qu'on peut aimer ou ne pas aimer mais sa danse est claire, dynamique, enjouée. Elle est étayée par deux supports sa connaissance du ballet classique mais aussi de l'art en général. (C'est quelqu'un avec lequel on aime parler parcequ'à la fois il écoute, il entend et il répond car il aime aussi transmettre). Son ballet contitué de 20 danseurs est à son image: varié, attentif, prècis et joyeux.
Joyeux comme ce délicieux Mercutio, qui est en fait le personnage pivot de « Roméo et Juliette »
auquel il donne un rythme et un déséquilibre virevoltant. Dansé par Arnaud Mahouy il est un contrepoint à l'attendrissant Roméo dansé par Giuseppe Chiavaro et à l'hautain Tybalt Daniel Vizcayo.
Ce qui est amusant, c'est de voir comment Malandain utilise les caractéristiques de chaque danseur pour créer « la vivacité » des personnages. Nous sommes loin du « code barre » humoristique qui souligne le titre du ballet. Si Roméo et Juliette est multiplié par 9, les couples ont chacun une vie peu ordinaire, et l'observateur attentif qu'est Thierry Malandain nous emmène à chaque fois dans une histoire différente, surprenante mais terriblement humaine ... un peu comme Shakespeare...

3 commentaires:

Georg-Friedrich a dit…

Un texte magnifique qui donne envie de voir le drame s'animer sous nos yeux et qui me fait regretter de n'avoir pas pu vous rejoindre sur les gradins. La prochaine fois qu'il y a une générale à Garnier, consentiriez-vous m'accompagner dans un des balcons pour me dessiller les yeux?

laurence a dit…

oh oui...
mais ce n'est pas une question de désillage c'est simplement que le beau mouvement provoque l'envie de le faire soit même comme dans un miroir et d'ailleurs j'ai du mal à écrire tant mon émotion me fait entrer sur scène ... c'est vraiment cela le beau spectacle vivant un moment de pur délice mais vous connaissez ces émotions là n'est ce pas...

Georg-Friedrich a dit…

oui, mais en vous lisant on ne se dit pas que vous avez du mal à écrire. On se dit plutôt : comme elle en parle admirablement, et on regrette de n'avoir pas été le témoin de la scène! Bonnes vacances et à très vite. Je note pour la prochaine générale!