samedi 9 février 2013

Mahabharata, quai Branly, Satoshi Miyagi

Quand le récit épique nous emporte sur ses ailes dansantes... La grande épopée indienne« Mahabharata » mise en scène par Satoshi Miyagi avait ouvert l' auditorium du musée du Quai Branly en 2006. Elle y revient du 6 au 10/02/13. 17 comédiens et 7 musiciens assurent un spectacle absolument étonnant. « Si l'histoire du Roi Nala s'était propagée jusqu'au Japon, à l'époque d' Heian 794-1185 (apogée du Japon aristocratique), quelles belles peinture sur rouleau, les Japonnais auraient ils dessinées? » se demande le metteur en scène qui a commencé par imaginer ces peintures et Satoshi Myagi fait face à cet « autre » en le métissant de sa culture … Deux présentoirs-scènes sont entourés d'innombrables instruments à percussion, autour desquels évoluent (presque en danseurs), les musiciennes et musiciens, chargés de surligner le rythme de l'histoire, comptée par le récitant. Ce dispositif laisse à l'acteur toute son énergie gestuelle et concentre l'attention du spectateur. Les kimonos sont blancs, hiératiques, sculptés dans leur volume avec une infinie élégance. Ils donnent aux mouvements une sorte de tension temporelle. L'apparition du roi Nala, de la belle princesse Damayanti en haut des gradins qui ceignent l'espace double est une image d'ouverture grandiose. L'épopée qui va suivre, que l'on pourrait qualifier de « romantique », raconte l'histoire de ce couple aux prises avec le démon Kali, rongé par la jalousie. Des épreuves, il y en aura beaucoup, comme dans toute épopée ou le merveilleux tient une grande place, des forêts, des monstres, des génies dont ils sortiront vainqueurs avec ce qui est très particulier une parfaite égalité des sexes. L'adresse et la dextérité de ces acteurs est étonnante, nous sommes dans une mise en scène du corps, une mise en scène du regard et un travail des mains, un travail précis qui laisse à l'imagination toute sa puissance . Il y a peu d'accessoires scéniques et ceux employés sont plein d'humour. Mais quelle puissance émotive, la vision de ces tableaux vivants et l'adresse de leur passage de l'un à l'autre... Le cinéma et la télévision nous abreuvent d'un quotidien désespérant, le merveilleux récit épique théâtralisé, un peu oublié de notre civilisation occidentale, est là pour nous donner des ailes...

5 commentaires:

Hervé Suchet a dit…

Le Mahabharata a longtemps structuré mon existence jusqu'à aujourd'hui. Aujourd'hui, comme à chaque tournant des grands cycles védiques, je ressens le besoin d'un grand rassemblement des sages au milieu d'une clairière dans une grande forêt inaccessible pour méditer sur comment demander à Vishnu qu'il réorganise le monde et la société. Qque chose comme ça.
H./S.

Laure K. a dit…
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Laure K. a dit…

Quelle belle réjouissance de point de vue tu nous offre, Laurence. La passion que tu as pour les arts scéniques, se devine dans tes mots. Oui, décidément, on ne saurait se passer de ton regard sur le monde et de tes retranscriptions si richement dépeintes.
A la fois en visuel, mais je crois aussi, profondément, en pratique.

solveig a dit…

Tu me fais découvrir beaucoup de choses ...
Lointaines pour moi mais par tes mots, tu m'y fais entrer.
Merci Laurence.

versus a dit…

Je ne regarde plus le télévision, je viens vous voir...