mardi 10 avril 2012

Despair Werner Fassbinder 1978

Despair (désespoir) de Fassbinder
Ce film est tiré d'un livre de Nabokov « La méprise » et est dédié Antonin Artaud, Vincent Van Gogh et...Il s 'appelle « Despair »et c'est un véritable cri cinématographié, un cri autobiographique sans doute comme beaucoup de films de Fassbinder.

Hermann Hermann est un riche chocolatier qui vit à Berlin en 1930, avec en toile de fond la montée du nazisme . Dirk Bogarde lui donne des allures de Swann. Sa femme est blonde, dinde et dodue : Andréa Ferréol dont le corps et le sourire niais, n'excite que son double imaginé portant bottes et cravache, tandis que lui, Hermann reste assis, spectateur impuissant comme tout spectateur d'une représentation filmique...
Est ce à dire que par rapport au livre de Nabokov l'imaginaire reste prisonnier d'un regard qui ne se dirige que vers ce qu 'on veut lui montrer....Le long couloir au bout duquel se joue la scène filmée par la caméra ...
Le film muet dans le film parlant a des accents shakespearien. Ils sont trois à le regarder: Hermann Hermann, Lydie et son amant: le cousin peintre. Ce film qui est une histoire de jumeau (donc de double) va fournir l'intrigue du film parlant. C'est une histoire triste dont la mort est la seule issue...Lydie pleure...
Le double assis derrière lui, tend à Hermann, le mouchoir réclamé par Lydie pour sécher ses larmes Trop tard l'amant l'a devancé....
Un labyrinthe de fête foraine le met en face d'un homme que son délire lui fait prendre pour lui, Aucune ressemblance, pourtant entre ces deux là. L'aspect un peu rustre du forain et son corps bien planté s'oppose à l'élégance maniérée et spirituelle du jeune bourgeois incompris.
Hermann propose un double faux marché. Il lui ressemble, au moins le prétend t il. Il prendra sa place et lui s'enfuiera dans une autre vie avec son épouse. En fait l'idée est de tuer ce double choisi pour hériter d'une assurance vie; mais sans doute aussi pour se débarrasser de cet angoissant sosie...
Le double meurt d'un coup de feu entre les deux épaules après une longue scène ou il devient progressivement Hermann aux mains de son Pygmalion (manucure, pédicure, coiffure évoquant Lolita ) et une longue chute ou il crie merci comme Hermann lui même aurait pu crier, délivré de son insoutenable angoisse... Hermann dans le costume de Werter, le forain s'enfuit
En fait le plan échoue plus tard, Hermann est arrêté pour le meurtre de celui qui a joué son double. Toujours aux prises avec son délire, il crie comme un acteur aux prises avec l'angoisse juste avant de commencer une scène...
Le film est donc un constant va et vient , une réflexion, entre l'histoire censée donner un cadre et l'histoire individuelle, intime à la fois du personnage Hermann Hermann, double de Fassbinder aux prises avec un sujet; le livre de Nabokov: la méprise dont il ne peut tirer qu'un double insatisfaisant en tant que cinéaste...
Les plans se jouent avec des dissociations. Des lignes se croisent dans des cadrages compliqués, des miroirs se reflètent.L'ambiguité et l'angoisse sont au centre de cette mise en scène qui met le spectateur dans différentes structures emboitées. celui de l'imaginaire délirant du fabricant de chocolat qui hésite entre le sucré et l'amer. Fassbinder se projette ainsi dans toute sa complexité...

5 commentaires:

Laure K. a dit…

m'a tout l'air bien percutant avec tes obliques... à voir, à voir !!

Hervé SUCHET a dit…

Vous avez un grand talent de critique cinématographique. Et d'autres encore qui feraient bien défaut si vous nous en priviez
H.S.

Georg-Friedrich a dit…

On hésite toujours à lire la critique d'un film qu'on n'a pas vu et qu'on pourrait voir, mais comme le dit le précédent commentaire, vous avez un grand talent pour prendre par la main votre lecteur et l'entraîner dans votre sillage grâce à votre prose alerte, serrée, rapide et limpide. Je n'imaginais pas tout à fait Swann comme cela, mais vous m'ouvrez des mondes en me parlant d'une épouse dinde et dodue ou d'un Pygmalion manicure et pédicure! J'ai toujours dit qu'il fallait qu'on assiste à un ballet ensemble pour que je puisse profiter de vos lunettes magiques. Je vais tâcher de m'activer pour L'histoire de Manon.

laurence a dit…

Ca tombe bien vous savez tous les deux... les encouragements... je viens de laisser tomber la plume..devant "Rearray" l'admiration coupe parfois les ailes...mais le souffle des Zéphyrs...je reprends...

Anonyme a dit…

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